
« LE REVE EST IL SELON VOUS UN AVERTISSEMENT LANCE AU SUJET ? »
Il y a bien longtemps, la croyance était que les rêves étaient envoyés intentionnellement par les dieux et les démons. Nos anciens, nous mettaient en garde sur la véracité de nos rêves qui pouvaient révéler ce qui allait nous arriver.
Je propose une vision plus segmentée sous l’angle psychanalytique avec la vision croisée des travaux de Freud, Jung, Nathan et Lacan.
Le rêve est un des révélateurs de l’inconscient selon Freud, il est utilisé dans le matériel thérapeutique analytique. Le rêve est le reflet miroitique du fonctionnement cérébral.
Selon C.Jung la symbolique du rêve est une voie d’allègement de l’inconscient.
Elle est inaccessible dans le conscient, c’est un mécanisme qui alerte le conscient d’un problème psychique.
Pour C.Jung, les rêves remplissent la fonction de compensation, les réactions inconscientes sont transmises à la conscience.
C’est ainsi que le rêveur fait des associations dans un contexte donné vécu ou pas par lui-même, la dimension de l’inconscient collectif influera son dénouement.
Freud et Jung sont d’accord pour avancer que trois compétences chez l’analyste vont permettre une interprétation.
Cette affirmation est fondée sur la connaissance de l’histoire du patient, des compétences analytiques de l’analyste pour décrypter ce qu’il y a derrière la verbalisation et des connaissances en mythologie ou en archétype.
C’est ainsi que selon Jung le Soi est distingué entre le Moi et le Soi, le Moi n'étant que le sujet de sa conscience, alors que le Soi est le sujet de la totalité de notre psyché, y compris l'inconscient.
Moi et Soi s'opposent comme local et global, partie et tout, multiplicité et unité.
D’après les travaux de Jung, la psyché serait prédéterminée par l’hérédité et donc les dispositions spécifiques familiales.
Les ancêtres et les ascendants de l’enfant formeraient les archétypes à partir desquels il opposerait des impressions sensibles venant du dehors.
L’instinct se manifesterait quant à lui au travers des images symboliques appelées les archétypes.
Jung identifie, douze archétypes qui sont : l'Innocent, l'Explorateur, le Rebelle, le Sage, le Héros, le Magicien, l'Ange Gardien, le Dirigeant, le Créateur, le Citoyen, le Lover et le Comique.
Par exemple l’anima est une image innée de la femme chez l’homme, l’animus une image innée de l’homme chez la femme ainsi, les notions d’anima et d’animus doivent surtout être observées comme acteurs de représentations dans les séries de rêves.
« La présence d'une figure de l'anima dans le rêve fait en effet toujours supposer l'existence d'une fonction de relation, l'anima représente toujours chez l'homme la fonction de relation »[1]
Pour revenir à l’inconscient collectif, s’est un levier de l’existence et des transmissions selon lesquelles d’après Freud, l’enfant recevra une influence d’inconscient à inconscient.
Jung propose une approche à propos de l’inconscient collectif, un archétype dont chaque enfant est équipé.
Que ce soit un inconscient collectif familial, ethnique ou primordial ils se manifestent dans toutes les productions psychiques et produisent des compensations par les rêves.
L’inconscient collectif est prédominant par rapport au vécu, on retrouve sa trace dans les productions psychiques (rêve, art, croyances religieuses …)
Toutes les cultures sont fondées sur le précepte que celui-ci à quelque chose de sacré, par exemple, « on ne touche pas à l’enfant ».
Le processus d’individuation conduira l’être humain vers l’unité de sa personnalité, l’enfant émerge ainsi de l’inconscient collectif pour aller vers l’individuation, passant par l’ascension de l’anima et de l’animus, de sa partie masculine et de la partie féminine.
Les images subliminales font apparaitre dans le quotidien de quelque chose qui appartient au passé en résonnance au vécu.
Les émotions sont ravivées par ce que suscite la vision de l’expérience du passé, par exemple une vision, une odeur, etc.
« La pulsion se divise en affect et en représentation = l’affect est une impression, un sentiment, une qualité émotionnelle alors que la représentation est une idée ou un concept »[2]
Cette idée confirme la théorie de Freud selon laquelle l’inconscient existe bien et rejoint la conception de B.Cyrulnik dans la notion d’inconscient cognitif. On peut considérer que l’inconscient n’est pas formé que du refoulé mais bien d’expériences positives d’apprentissages stockés là dans l’inconscient, qui réapparaitront lors d’une excitation sensorielle qui la fera surgir dans le conscient.
« aller chercher des souvenirs pour en faire un récit qui maitrise l’émotion, sachant que dans tout traumatisme vécu, l’essentiel n’est pas le traumatisme mais la fantasmatisation personnelle de la victime. Un coup fait mal mais c’est la représentation du coup qui fait le traumatisme ».[3]
Le rêve est un mécanisme de défense. Il tire ses sources dans le refoulement d’évènements souvent douloureux, de frustrations ou de désirs inassouvis. Ces expériences transférées dans l’inconscient se libèreront par ce que l’on appelle les voies d’allègement automatiques comme le rêve. Selon l’âge et les épreuves de la vie, le Surmoi se calme et devient plus tolérant, les affects stockés dans la mémoire et le souvenir peuvent changer au fil de l’expérience de vie.
« Le Moi pour se défendre contre certaines représentations inconscientes en conflit avec les exigences du Surmoi, va utiliser des mécanismes de défense »[4]
Lorsque l’individu cherche un mécanisme de défense et que son Ça est submergé, il va utiliser des voies d’allègement comme : le rêve, le lapsus, l’acte manqué, la somatisation et/ou la sublimation.
Ce déplacement va permettre de contourner le Surmoi et arriver au conscient avec un contenu supportable.
Une autre voie particulière protège l’inconscient en refusant le refoulement des pulsions sexuelles par le biais de l’évitement ou de la frustration.
Le psychisme à défaut, va dévier sa libido vers un nouveau but non sexuel, ce processus idéal est la sublimation.
Le rêve, destiné à être incompris, le vécu du sujet se traduit par du ressenti, de l’affect.
Le rêveur lorsqu’il se réveille se souvient de l’existence de son rêve.
Cette pensée onirique est trompeuse car polyphonique et difficile à traduire en mots.
De plus, la condensation de la pensée onirique la logique n’est plus présente pour offrir une vision parfois incompréhensible entre les personnages et une transposition des actions et sentiments sur plusieurs objets à la fois.
La dramatisation du scénario par le déplacement ou l’inversion des sentiments sur un objet différent créer des symboles.
Ceux-ci n’ont aucune importance avec de fréquentes apparitions du symbole sexuel qui témoigne du rôle fondamental de la libido dans la dynamique du rêve.
Dans une vie, chacun passe cinq ans dans son univers onirique.
C’est dans le dernier cycle du sommeil, appelé « paradoxal », que se produisent les rêves.
Ces messages venant de notre inconscient s’expriment par symboles, ils sont généralement en relation avec notre actualité et révèlent nos désirs, nos frustrations.
Lacan envisage le rapport de l’Imaginaire au Symbolique[5] comme, dans le langage, celui du signifié au signifiant.
« La symbolique est l’ensemble des symboles (mots, images, gestes, œuvres d’art …) à signification constante qui peuvent être retrouvés dans diverses productions de l’inconscient. »[6]
La réalité psychique associée à un appareil psychique n’est pas pour autant le réel.
Le rêveur perçoit son passé, il le décrit comme un contenu manifeste. Les symboles répertoriés par Freud correspondent souvent à des fragments d’analyses, ils n’ont pas valeur de dictionnaire.
L’interprétation a pour but de déceler « le contenu latent » du rêve.
La quantité de rêves donne des indices sur la force de son Surmoi.
Le Surmoi intervient dans le rêve Freudien uniquement. Si le Surmoi est très fort on ne se souvient pas des rêves. Cela évolue au cours de la thérapie, lorsque le sujet est plus tolérant vis-à-vis de lui-même, les rêves sont en augmentation.
L'interprétation des rêves est un sujet complexe et controversé dans les domaines de la psychologie et de la neuroscience. Il n'existe à ce jour aucune preuve scientifique prouvant que les rêves permettraient de lancer un avertissement au dormeur.
Au temps de la Grèce antique, la nuit était aussi appelée Eubulie ou Euphroné ce qui signifie « Mère du conseil ».
Ainsi, des millénaires avant notre ère, on considérait déjà la nuit comme un moment important pour prendre les bonnes décisions.
Le rêve selon Jung et Freud serait la manifestation de désirs en attente, non réalisés.
Dans le cas de cauchemars il peut révéler nos états émotionnels, nos préoccupations. Des désirs mais également des peurs, des aversions ou des insatisfactions, des frustrations.
Le rêve peut être un avertissement lancé au sujet, car il va révéler de manière métaphorique un scénario en lien avec un évènement important.
Un évènement heureux ou à l’origine d’une préoccupation, une situation bloquée dont le scénario inconscient du rêve va exprimer un dénouement heureux ou dramatique.
Cette émergence peut révéler un évènement refoulé ou censuré, sur lequel objectivement et consciemment il est impossible de penser ou de réfléchir lorsque l’évènement est à l’origine d’une souffrance insoutenable ou qu’il oblige à prendre position.
Une personne qui traverse une période sensible avec la possibilité de traverser un évènement inhabituel peut ressentir que ses rêves sont agités, voir se réveiller en sursaut à la vue et au ressenti d’un scénario impossible à vivre.
Les cas de perte d’une personne chère, de deuil, de rupture, de conflit ou d’échec peuvent laisser s’exprimer des rêves inconfortables.
L’expérience du rêve ainsi imagé, en flashs et scènes désordonnées laisse émerger parfois une réponse à une question profonde ou une idée qui était en latence, elle pourra ouvrir un champ des possibles par son caractère positif et facilitateur.
Le rêve peut donner des indications mais ne doit pas être un marqueur unique.
Certes il est judicieux de prendre une nuit de sommeil avant une décision, le rêve peut aussi mettre en lumière un accès singulier à son inconscient.
Freud postule que les rêves ont pour fonction de fournir une satisfaction symbolique à des désirs refoulés faisant du rêve, la voie royale a l’accès de l’inconscient.
Le rêve indiquerait des choses de notre passé, il peut nous prévenir de désirs refoulés, mis de côté dans le psychisme.
Le rêve peut aussi être prémonitoire et laisser une empreinte très vive au réveil, une impression de grande lucidité, comme une intuition.
Il renvoie des signes avant-coureurs à l’égard de ce qui va se produire, une impression soudaine que ce rêve peut être important pour sa vie et qu’il va se réaliser.
Le rêve peut mettre en garde sur un danger non perçu à l’état d’éveil, le cauchemar est souvent le révélateur de zones masquées de l’agression.
D’après Tobie Nathan[7] le rêve permet de maintenir l’identité du rêveur durant le sommeil.
Le rêve régénère l’identité singulière de la personne, il est prédiction et dresse le brouillon de la destinée.
Le rêve créer et doit être cueilli aux premiers instants du réveil avant la pénétration du monde.
Le rêve est préfiguration d’un avenir et sa plus fidèle version est juste à la sortie du sommeil.
Dans le cadre d’un accompagnement en psychothérapie il est important de connaitre le monde culturel du rêveur, sa religion, ses rituels, son éducation, afin d’aider la personne qui est à la recherche d’une interprétation de ses rêves à avoir de nouvelles perceptions.
Lorsque le rêve est raconté, l’interprétation prononcée, un pacte est scellé entre le monde intérieur et la réalité.
A notre époque le réel quotidien est un étalage inquiétant de l’image, sans filtre, les émotions, l’intime, les affects et le rituel de la répétition de l’acte sont une gangrène grandissante et inquiétante.
L’intime public comme le définit la définition de la topique sous le nom d’extimité[8], un concept qu’utilisa Lacan pour désigner ce qui pousse chacun à montrer une partie de sa vie intime, tant physique que mentale.
Je pense que le rêve est encore le seul domaine où la personne peut laisser l’inconscient émerger, faire chemin et révéler des messages subliminaux qui peuvent alerter le sujet et l’aider à prendre une décision ou comprendre un évènement refoulé.
La question serait de savoir jusqu’où le sujet accepte de se laisser inspirer par ces messages inconscients qui ne se voient pas à l’extérieur mais se vivent de l’intérieur.
Comment remobiliser le patient afin qu’il s’interroge et approfondisse certains des pans que révèlent ses rêves ?
Essai
Auteur : moi même
[1] C.G. Jung Sur l’Interprétation des rêves Albin Michel, 1998
[2] Freud « la théorie de la séduction dans les Études sur l'hystérie » (1893-1895) et «L'interprétation des rêves» (1900)
[3] Citation Boris Cyrulnik
[4] A. Freud publie - Le Moi et les Mécanismes de défense - 1936
[5] « Le réel, le symbolique, l’imaginaire » - J.Lacan - 2012
[6] C.Jung « l’homme et ses symboles » 1965
[7] La nouvelle interprétation des rêves – Tobie Nathan - 2013
[8] Jacques Lacan, séminaire XVI éditions du seuil 2006